Yachting Classique - Griffon 2006

12 février 2011

Le Triangle des Bermudes

A propos du   Triangle des Bermudes: la vérité vraie.

triangle_des_bermudesOn s'interroge, on débat,   on s'interpelle sur l’origine de l'expression "Triangle des Bermudes" .

L'histoire remonte en fait au siège de   Maastricht, qui avant d'être le nom
d'un traité difficilement prononçable   par un citoyen ordinaire, a été, vous vous en souvenez la
bataille ou pérît d'Artagnan, le vrai, l'authentique, le   mousquetaire du
roi. Grande gueule, mais sympa. On en connait tous. Et c'est courant chez le
militaire. Chez   le Mousquetaire,  c'est la règle. Chez le plaisancier, c'est
une   option souvent choisie.

D'Artagnan était , en sus de ses amitiés   viriles et arrosées avec ses trois
autres comparses , très lié avec un   certain Müdde, aubergiste de son état,
grand pourvoyeur de diner festifs.

Ce bon Müdde, le tenancier,   honorablement connu dans son village de
Maastricht, se faisait appelé le   père Müdde, comme il est courant à cette
époque et plus encore chez les   Bataves  

On se rappelle qu'à cette   époque, ces gens étaient nos ennemis. Ou le
contraire. C'est selon. Car,   comme le disait finement Desproges, le   grand
philosophe, "l'ennemi est con. Il croit que c'est nous l'ennemi.   Alors que
c'est lui.".

 Müdde, à la mode de son époque, portait   beau  et s'affublait d'un magnifique chapeau à plume comme nous en   avons tous vu dans la peinture flamande. Par exemple, dans le célèbre   "Ronde de nuit", où toute une bande de types armés jusqu'au dents cherchent   dans le noir quelque chose  que les historiens de l'art n'ont jamais   pu identifier:

 

Donc, ce bon père Müdde, est   habillé comme à son  époque avec un tricorne et une plume. Sur le   tricorne, la plume, et non pas, comme j'entends ricaner dans mon dos, à un   endroit que la morale réprouve. Encore que la morale soit en réalité   souvent muette sur ces pratiques, ce qu'on pourrait regretter.

Müdde,   et c'est là que la chose devient vraiment intéressante, la veille même du   début de la fin du siège de Maastricht, sort
devant sa terrasse pour   prendre un petit moment de repos ma foi bien mérité.
On sait que c'est pas   si facile de servir une horde de mousquetaires impatients quoiqu'emplumés. Et assoiffés, quoique à   cheval.

Pour s'éponger le front, comme tout un chacun, il pose son   tricorne Une bourrasque l'emporte.
Zut alors.
Envolé le chapeau à   plume. Exit le tricorne.
Introuvable .
Disparu.
On cherche.
On   retourne tout.

 

Arrive une  escouade de mousquetaires du Roi, à la   recherche d'un terrain de jeu On s'interroge. C'est quoi toute cette   agitation ? Qu'est ce qui se passe ?

"il a   disparu le tricorne du Père Müdde" tente d'expliquer dans son sabir   le maitre-queux de l'auberge, fidèle second du   père Müdde, établi avec lui comme son propre père avant lui et ainsi de   suite en remontant jusqu'à sept générations,.

 

Disparu où ? Questionne un   lieutenant plus malin que les autres, comme c'est normal chez les   Mousquetaires.( Voilà une organisation sociale,   le mousquetariat , qui respecte les règles que le   bon sens nous donne: les plus malins commandent, les autres font ce qu'il   peuvent pour devenir plus malins. C'est de là qu'est né le fameux "théorème   de Peter".Et les pratiques de la Royale..)

"Chai pas",   répond un batave en mâchouillant sa saucisse. "Il a dichparu, le tricorne du père Müdde".

Le   lieutenant,, amputé de l'oreille gauche par un malencontreux coup   de sabre  a la suite d'une rixe,  répète ce qu'il a compris "Ah,   il a disparu à tribord du Père Mûdde" ? !   Etonnant ? Vous êtes sûr ??"

"Chai pas reprend l'autre. Che crois que   ch'est plutôt que tout dichparait, tout lache, tout pache, sauf la   potache d'Alchache"

Cette vieille   plaisanterie alsaco-batave qu'ignore le   lieutenant ne le fait pas rire.
C'est qu'on est chatouilleux, dans le   mousquetariat.

"Je vais t'en faire voir, moi   de la potache."

Incompréhension.
Insultes.
Bagarre.
Coups de   poings.

Le Batave, handicapé par sa saucisse en cours de machouillage , plie devant le mousquetaire, recule,   tombe dans le tricorne que personne n'avait vu. Et reste coinché. Euh, coincé.. (j'ai   oublié de dire qu'à l'époque, on ne mollit pas sur l'amidon dès lors qu'il   s'agit d'avoir le tricorne triomphant).
Fin de   l'épisode.

triangle_des_bermudes_peintureL'anecdote se raconte, bien entendu.
On s'en vante.  
On la répète à l'envie.
L'histoire de ce "pauvre batave, disparu dans   le tricorne du père Müdde" se relaie de régiment en régiment, court   partout, atteint les ports, se raconte au bistrot du coin, fait rire des   générations de marins assoiffés, se
déforme.

En 1834, à Douarnenez,   on relève pour la première fois l'expression "le pauv' gars, il est tombé sur la tringle des des basses mures, et il a disparu".
Les linguistes   relèvent sans comprendre. L'expression n'a aucun sens.

L'histoire   continue cependant de courir partout et de faire hurler de rire les marins   de tous bord, Portugais de retour de terre-neuve, marin pêcheurs de la baie   de Somme, pêcheurs de coques pourtant si dur au mal.

En 1869, le   capitaine de corvette De Gaillard relève dans la baie d'Along, à l'occasion   d'une patrouille en jonque, l'expression "on est planté. Pas de zef, mon   capitaine. On se croirait dans le triangle du Père Fouettard".
Le fait   est avéré. Le Capitaine de Gaillard fera d'ailleurs une note à l'Amirauté   pour se plaindre "des déficits de formation des nouvelles générations de   matelots, lesquels devraient plutôt se concentrer sur l'apprentissage des   manœuvres plutôt que de répéter des expressions difficiles à comprendre,   susceptibles de gêner la manœuvre, déjà que l'indigène n'est pas forcément   paisible dans ces contrées lointaines et qu'on ne sait jamais ce qu'ils   pensent, ces faces de citrons".
La requête n'a pas de suite.

En   1904 ou 1905, pendant les préparatifs de l'expédition à Nankin, un sous off   des troupes de marine, corps d'élite, engueule un subordonné en le menaçant   "de le faire disparaitre dans le triangle des   Bermudes". Le dit subordonné  reste coi. Le motif de la querelle n'a   pas été consigné.
Le commandant Spiralou, bon   marin d'origine Grecque naturalisé à sa demande en 1887, relève   l'expression et lève la punition.
On trouve mention de cet incident   curieux, complétée d'une annotation dans son carnet de bord, qui finira   déposé au pavillon de Breteuil à Sèvres..

Le   petit neveu dudit Commandant Spiralou retrouve le   carnet, le transmet aux autorités.

L'expression est adoptée.

En   1937, lors de grandioses manœuvres communes avec la flotte de sa Majesté, l'amiral français câble à son collègue Britannique   dont le navire menace de croiser sa route le message suivant " Virer sur   votre bâbord ou je vous fais
disparaître dans le triangle des   Bermudes"
Le H.M.S Glory s'exécute.
Et câble à   son tour "OK mais c'est où, votre p... de triangle des Bermudes ??   "

"Tu crois peut être que je vais te le dire ?" rétorque l'amiral   Français qui a suffisamment d'expérience pour savoir que l'anglais est   fourbe et qu'on ne donne jamais ses bons coins de pêche.

Et   c'est ainsi qu'est entrée dans les mœurs navales et   halieutiques l'expression sur laquelle vous vous interrogeâtes sans succès   mais dont vous connaissez désormais l'origine.

Par la même occasion   vous avez là l'origine des griefs qui devaient mener au drame de Mers El   Kebir.

Captain Bioman of   Griffon.
Taxinomiste.
Archéologue.
Breveté de 50 m Nage-libre

Posté par YachtGriffon à 19:23 - Captain Bioman's Chronicles... - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


WET and SEA

 

tee_shirt_mouill_Contrairement à ce qui se dit, l’expression « Wait and See » n’est pas à l’origine un éloge de la procrastination.

C’est en réalité la déformation, au fil du temps, d’une vieille expression Galloise, utilisée par les naufrageurs des Iles Scilly.

Le Captain Bioman of Griffon, taxinomiste et philologue halieutique, nous en rappelle l’étonnante histoire.

 

 

C’était dans la toute dernière partie du XVIIIème siècle, avant la vapeur, à un moment où la main de l’homme peinait  sur le bois mort plus souvent qu’à son tour, et où le pied marin valait encore quelque chose.

 

Dans ces temps pas si lointain si on y pense, pas beaucoup plus en tout cas qu’une dizaine de générations, les habitants des Isles Scilly vivaient encore volontiers des naufrages, spontanés ou provoqués, qui ont toujours fait l’agrément du coin et servi à meubler les bars et les masures locales.

 

(Voir à ce sujet le courant passer entre Guch et St Mary un jour de grand coeff., pour comprendre la misère locale et les angoisses. Et pour se demander si la pétanque en salle n’est pas finalement un sport assez attractif ?)

 

Il faut dire que naviguer dans ces coins mal famés, sauf masochisme avéré, ne peut venir que d’une erreur de route, ou alors d’une urgence de type hydro-maltoïde, le fameux pub Mermaid étant déjà ouvert à cette époque à St Mary.

 

Bien que très entraînés à leur rude vie de pêcheurs, les îliens de l’époque goûtaient  avec délice les rares journées moins brumeuses que le ciel leur offrait de temps à autre. Pas plus qu’en fois ou deux l’an, il faut bien le dire.

Le reste du temps, la laine mouillée leur grattait le dos et la botte de cuir huilé leur créaient des cors au pied et des rhumatismes de belle facture. (quoique gratuits)

 

C’est dans ce contexte climatique et culturel qu’est née bien entendu l’expression la plus populaire du pays : « Alors, wet at sea » ? (qui signifie, en gros : « alors , tu t’es encore fait rincé ?! », ce qui est un peu l’équivalent pour un marin local du fameux « Salut mon copeau » pour un menuisier.

On voit la finesse.

 

C’est en tous cas comme ça que les femmes de pêcheurs, rudes matrones aux mains calleuses, accueillaient, sans la moindre dérision, leur mari trempé au retour de journées de pêche hasardeuses et peu productives.

 

Pour se retrouver dans l’ambiance de l’époque, il faut imaginer que le « Wet at Sea ? » ne se pose qu’en hochant la tête sous  la coiffe cornique, ce qui est du plus bel effet. (Moins cependant que l’ondulation rythmée de la coiffe bretonne, liée à la fracture congénitale de la hanche, certes, mais tout de même).

Une façon de se dire bonsoir, en quelque sorte, mais avec cet humour rugueux qui fait encore aujourd’hui la joie des grands et des petits dans cet archipel qui manque cruellement , surtout à l’époque, de réjouissances plus spectaculaires.

 

Il est vrai qu’on n’avait pas encore inventé la course de Cornish Gigs du mercredi soir, réservée aux filles, où les descendantes des matrones susdites, calibrées comme des lutteurs de foire,  hurlant dans un sabir local , propulsent à des vitesses inouïes  des sortes de doris armés en pointe. On s’amuse avec ce qu’on trouve et comme disait le Géographe : c’est le terrain qui crée la culture

 

Bref, je vous l’a fais courte. (dommage, certes,  pour une publication scientifique de haute tenue. Mais Payen, le mari de la reine de Saba, ne plaisante pas avec le nombre de signes dans la présente revue du YCC).

 

Au printemps 1797, la date est attestée, un dénommé Jack Philwave, un brave gars de Tresco, s’embarque pour traverser le petit bras de mer qui sépare son île de St Mary, la capitale des Scilly, deux miles à peine, mais en plein courant.

 

Le garçon est costaud, mais la mer est cruelle.

Et le courant traversier.

On devine ce qui va arriver : Jack, pourtant un vrai costaud, se laisse embarquer et dérive sur son bâbord, direction l’Isle St Martin, qui a son attrait, certes, mais sur laquelle il n’y a pas le moindre pub pour réchauffer le marin.

 

Depuis St Mary, on surveille la scène, accoudé au bar du Mermaid, op cit.

Et on commence les paris. Y arrivera ? N’y arrivera pas ?

 

Les enchères montent : une Pinte de Guiness si il arrive avant la fermeture. Pari tenu !

Et Jo le ferronnier, deux cent vingt livres de muscle et une cervelle de colibri, n’est pas le dernier à relancer.

 

Jack Philwave ne sait rien de tout ça.

Les mains bleuies de froid, il souque comme un damné pour lutter contre le courant et arriver avant la fermeture.

 

Les minutes passent. Par dizaine.

Mais, c’est bien connu, on ne plaisante pas avec les horaires de fermeture dans les pubs de sa Gracieuse Majesté.

 

« Allez on va fermer ! crie le patron. Et une pinte pour le gros Jo, qui a gagné son pari ! »

 

Jo se retourne.

Pour vérifier qu’il peut boire sa Pinte en toute tranquillité.

Mais c’est quoi, ce Gig, qui descend le chenal ?

 

« Wait and see !» dit il en rigolant : Jack est malin. Le courant inversé l’emmène sur nous comme un fou de Bassan en plein piqué »

 

Et c’est vrai.

Jack Phiwave n’est pas un perdreau de l’année (là bas on dit « un Cormoran sorti du nid ». Mais c’est pareil. )

Il connaît ses courants et il vit avec une horloge à marée dans la tête, comme tous ceux qui préfèrent rentrer avant la nuit et limiter les courbatures.

 

Il est allé chercher la renverse tout près de St Martin et redescend le chenal à toute vitesse, « jus dans la raie » comme dit élégamment un gentleman de mes amis.

 

 

Encore quelques minutes et Jack Philwave saute à terre,  juste avant que sonne la cloche.

Jo le ferronnier n’a plus qu’à rendre sa pinte.

 

Entrée triomphale du héros du jour, trempé, fourbu,  mais rigolard.

« Wet at sea » ? l’accueille Jo , content de son astuce.

 

Et c’est ainsi qu’évolue le langage dans le monde maritime.

 

Voilà pourquoi, en éloge aux rudes marins de ce temps, les amateurs d’eau pétillante et de courant alternatif sont aujourd’hui réunis au sein de l’association « Wet and Sea », qui regroupe tous ceux qui fréquentent ces parages incertains, ces eaux rudes mais lumineuses, et ces pubs merveilleux.

 

Inscrivez vous !

 

Captain Bioman of Griffon.

Posté par YachtGriffon à 19:13 - Captain Bioman's Chronicles... - Commentaires [2] - Rétroliens [0]